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La PRJ en chiffres

Mise à jour le 30 octobre 2026

Combien d'entreprises demandent chaque année une réorganisation judiciaire, et combien s'en sortent ? Les statistiques publiques sur la PRJ sont rares et dispersées. Cette page rassemble les chiffres disponibles, chacun avec sa source et sa date, et indique pour chacun ce qu'il permet de dire et ce qu'il ne permet pas de dire.

Précautions de lecture

Les chiffres qui suivent proviennent de sources différentes, qui ne mesurent pas la même chose : tantôt des jugements d'ouverture, tantôt des requêtes, tantôt des faillites. Ils couvrent des périodes et des ressorts différents, et la plupart sont antérieurs à la réforme du 1er septembre 2023 ou chevauchent celle-ci. La PRJ privée, confidentielle par construction, n'apparaît dans aucune statistique publiée. Ces données donnent un ordre de grandeur et une tendance ; elles ne permettent pas de prédire l'issue d'un dossier particulier.


Le nombre de PRJ ouvertes en Belgique

Selon les chiffres présentés par le président du tribunal de l'entreprise du Hainaut lors du colloque de la Revue des entreprises en difficulté consacré à la réforme du Livre XX (8 juin 2023), le nombre de jugements d'ouverture d'une PRJ en Belgique a évolué comme suit.

Année Jugements d'ouverture de PRJ
2012 1.538
2019 634
2020 505
2021 472
2022 517

Entre 2012 et 2022, le nombre annuel de PRJ ouvertes a donc diminué d'environ deux tiers (− 66 %). Les années 2020 et 2021 doivent être lues avec prudence : les mesures de soutien liées à la crise sanitaire, dont un moratoire temporaire sur les faillites, ont réduit la pression des créanciers et, par ricochet, le recours aux procédures d'insolvabilité.

La source primaire de ces chiffres (statistiques judiciaires, Statbel ou fournisseur privé de données d'entreprises) n'est pas précisée dans la présentation. Les années 2013 à 2018 n'y figurent pas.


Que deviennent les entreprises après une PRJ ?

Le même exposé de juin 2023 livre un chiffre plus sévère, portant sur les PRJ ouvertes entre 2009 et 2017 : 79,12 % des entreprises avaient disparu dans les cinq ans de l'introduction de leur PRJ.

Moment de la disparition Part des entreprises disparues
Dans l'année qui suit l'introduction de la PRJ entre 50 % et 60 %
Au cours de la deuxième année environ 25 %
Au cours de la troisième année environ 10 %

Ce taux appelle deux précautions. D'abord, il compte comme « disparue » l'entreprise qui a fait l'objet d'une PRJ par transfert sous autorité judiciaire : la société débitrice disparaît, mais l'activité, et souvent une partie de l'emploi, se poursuivent chez le repreneur. Le taux de disparition des entreprises surestime donc la disparition des activités. Ensuite, la période étudiée (2009-2017) relève entièrement de l'ancienne loi relative à la continuité des entreprises, le Livre XX n'étant entré en vigueur que le 1er mai 2018 ; la réforme de 2023, qui a raccourci le sursis et ouvert de nouvelles voies plus précoces, n'est pas encore mesurée.

Ce chiffre ne permet pas de conclure que la procédure est inefficace en soi. Il rejoint surtout un constat que font les praticiens : une procédure introduite trop tard arrive dans une entreprise déjà vidée de sa substance. Voir les signaux d'alarme.


Les demandes au tribunal de l'entreprise de Liège (2009-2024)

Les chiffres communiqués par le tribunal de l'entreprise de Liège, lors d'une présentation de février 2025, détaillent le nombre de requêtes en PRJ publique ou en transfert sous autorité judiciaire déposées dans ses trois ressorts de division.

Année Liège (Liège, Huy, Verviers) Neufchâteau (Neufchâteau, Arlon, Marche) Namur (Dinant, Namur) Total
2009 (année incomplète) 77 15 46 138
2010 162 44 60 266
2011 173 39 82 294
2012 187 46 66 299
2013 215 48 87 350
2014 187 38 94 319
2015 110 17 67 194
2016 101 18 52 171
2017 97 19 40 156
2018 107 16 50 173
2019 81 16 56 153
2020 65 9 47 121
2021 45 7 40 92
2022 63 12 41 116
2023 72 13 44 129
2024 66 17 49 132
Total 1.808 374 921 3.103

Trois enseignements s'en dégagent. Le recours à la PRJ a culminé en 2013 (350 requêtes) avant de chuter nettement à partir de 2015. Le point bas a été atteint en 2021 (92 requêtes), soit près de quatre fois moins qu'en 2013. Depuis, une légère remontée s'observe (132 requêtes en 2024), qui reste inférieure de plus de 60 % au pic de 2013. La baisse n'est pas uniforme : entre 2013 et 2024, les requêtes ont reculé d'environ 69 % dans la division de Liège (de 215 à 66) et de 65 % dans celle de Neufchâteau (de 48 à 17), mais d'environ 44 % seulement dans celle de Namur (de 87 à 49).

Ces chiffres portent sur des requêtes, et non sur des procédures effectivement ouvertes ou sur des plans homologués. Ils regroupent PRJ publiques et transferts sous autorité judiciaire. L'année 2009 est incomplète : le régime de la loi du 31 janvier 2009 relative à la continuité des entreprises n'est entré en vigueur qu'en cours d'année. Le chiffre de 2024 pour la division de Liège est assorti d'un astérisque dans la source, sans explication.


Le contexte : les faillites en 2025

Selon le bilan publié par Statbel le 16 janvier 2026, les tribunaux de l'entreprise ont prononcé 11.665 faillites en 2025, soit 5,4 % de plus qu'en 2024 et le niveau le plus élevé depuis 2013. La hausse est inégale : + 6,6 % en Région flamande, + 13,6 % en Région de Bruxelles-Capitale, mais - 2,9 % en Région wallonne. Les secteurs les plus touchés sont la construction, les activités spécialisées, scientifiques et techniques, et le transport et la logistique.

La tendance s'est poursuivie au début de 2026. Après trois mois, le nombre de faillites enregistrées constituait un record dans trois secteurs :

Secteur (1er trimestre 2026) Faillites Précédent record
Transports et entreposage 239 194 (2025), soit + 23,2 %
Activités spécialisées, scientifiques et techniques 243 234 (2025), soit + 3,8 %
Information et communication 112 110 (2024), soit + 1,8 %

Ces chiffres concernent les faillites, et non les réorganisations judiciaires. Ils rappellent l'écart entre les deux : pour plus de dix mille faillites par an, le nombre de PRJ ouvertes se compte en centaines. Une partie des entreprises qui finissent en faillite auraient pu, au moins, examiner une voie de redressement à temps.


Les restructurations bancaires

Lors d'une journée d'étude consacrée à la restructuration des entreprises en difficulté (Louvain-la-Neuve, 16 décembre 2025), l'équipe de restructuration de crédits d'ING Belgique a indiqué que 70 à 80 % des clients qu'elle prend en charge reviennent, au terme du processus, à une gestion normale de leur relation bancaire.

Ce chiffre ne porte pas sur la PRJ. Il concerne des restructurations négociées avec la banque, le plus souvent hors procédure judiciaire, et des clients que la banque a choisi de suivre plutôt que de passer directement en recouvrement. Il illustre toutefois un point utile pour le dirigeant : une difficulté traitée tôt, avec un partenaire financier informé, se règle souvent sans tribunal. Voir quelle voie choisir ?.


Pour aller plus loin